Chômage et délocalisations

"Je ne raconterai pas d'histoires : celui ou celle qui vous dira "je vais interdire les délocalisations" ne vous dira pas la vérité."

À Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) le 10 avril, après avoir visité plusieurs usines qui avaient subi des crises - l'une reprise avec succès, d'autres à l'abandon - François Bayrou a présenté ses propositions pour notre industrie : contre les délocalisations financières, pour associer flexibilité et sécurité, pour un comportement exemplaire des dirigeants envers leurs salariés.

Reprise d'activité
La première stratégie, c'est de rendre non seulement possible, mais obligatoire, la reprise quand il y a un repreneur. Il y a des entreprises qui ferment des usines, et dont la stratégie est d'empêcher ces usines d'être reprises. J'ai vécu le drame de Stora Enso,  immense papeterie qui arrête trois sur quatre de ses lignes de fabrication. Les salariés inventent un projet de reprise, consistant à fabriquer un papier de très grande résistance à partir de la fibre de chanvre qui peut être cultivée localement, et ils trouvent des financiers. Et on leur met des bâtons dans les roues. On avait, au début, parlé d'une reprise à l'euro symbolique ? On leur dit : "un million d'euros." Ils mettent un million. Cela ne suffit pas : "cinq millions", puis "neuf millions", ils mettent neuf millions et on s'aperçoit que ce qui est refusé, c'est le principe même de la reprise. Nous devrions avoir une législation qui dise : si vous voulez fermer l'entreprise, au moins, vous ne pouvez pas empêcher des repreneurs de faire repartir cette entreprise en acquérant les machines.

Deuxièmement, il faut que cette recherche de repreneurs soit une priorité des pouvoirs publics. J'ai promis aux ouvrières et aux ouvriers de Samsonite que, élu Président de la République, je nommerai une autorité en charge de rechercher les repreneurs. A Saint-Étienne, j'ai visité la première forge industrielle de France. Elle était, il y a dix ans, en liquidation. Une équipe courageuse l'a reprise, avec vingt-cinq salariés, et ils ont multiplié l'effectif par douze, parce qu'ils peuvent garantir à leurs clients des petites séries dans un temps très court.


Flexi-sécurité
Ce qui est frappant, c'est le risque de tout perdre. Les salariés de Samsonite m'ont dit : "on est entièrement adaptables. Le travail que l'on a fait dans l'entreprise, cela a toujours été de faire face à tous les postes de travail". Comment utiliser leurs compétences pour passer un cap difficile ?

Ni les Pays-Bas, ni la Suède, ni le Danemark n'ont réussi à empêcher les délocalisations, pas plus que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. En revanche, chacun de ces pays a réussi à faire descendre son taux de chômage très bas. Les pays scandinaves ont réussi à faire en sorte que l'on puisse à la fois remettre en cause le contrat de travail, et offrir une sécurité nouvelle aux salariés, en lui permettant de garder son salaire plus longtemps, ou en lui permettant de suivre une formation qu'il aura choisie, ou d'être embauché sur le même bassin de travail par des entreprises qui, au fond, auront mutualisé leurs capacités d'emploi.

Les centrales syndicales que j'ai rencontrées disent, et aussi le patronat évidemment : l'entreprise doit pouvoir en cas de baisse d'activité, remettre en cause le contrat de travail (sinon elle hésite à embaucher), et dans le même temps, cette flexibilité peut s'accompagner de sécurité. Pour la CGT, cela s'appelle la Sécurité Sociale professionnelle, pour d'autres, la sécurisation des parcours professionnels, d'autres encore emploient le mot de flexi-sécurité, mais tout cela veut dire la même chose. Cela veut dire que les droits du travailleur doivent être attachés au travailleur lui-même, et pas seulement au contrat de travail.

Il va falloir qu'on mette ces organisations au pied du mur, car c'est au pied du mur qu'on voit le maçon. Je mettrai à profit le mois qui sépare l'investiture du nouveau Président, de l'élection de la nouvelle Assemblée, pour ouvrir ce dialogue social, dire à l'ensemble des organisations représentatives : comment fait-on pour apporter du concret aux salariés ? Une négociation efficace, cela prendra le temps que cela prendra, mais c'est indispensable.


Assurance-chômage incitative (bonus-malus)
Il faut qu'il devienne, pour l'entreprise, intéressant financièrement de garder les salariés, et dissuasif de se débarrasser des salariés. Il n'est pas juste de faire payer les mêmes cotisations d'assurance-chômage aux entreprises qui font tout pour défendre l'emploi, et aux autres. Je propose que l'on mette en place un système de bonus/malus. Après tout, cela se fait pour les accidents du travail, et pour l'assurance auto. Je pense que cela doit se faire en matière d'assurance-chômage.


Le capitalisme financier : intéressements aux bénéfices et stock-options
On ne peut pas demander aux petits, aux ouvriers, aux salariés, de respecter les règles, et faire que les grands responsables d'entreprise se donnent, à eux-mêmes, des avantages tellement choquants que cela détruit l'image de l'entreprise auprès des citoyens.

Je souhaite une réflexion sur la manière dont, en France, on donne des stock-options, des parachutes dorés. Je suis pour qu'on invente un autre modèle, européen et français, un modèle d'exemplarité de l'entreprise par rapport aux salariés et au reste de la société. Au lieu de pousser dans le sens des stock-options, je souhaite qu'on pousse le sens de l'intéressement des salariés aux bénéfices. Comme, en matière de licenciement, il faut que défendre l'emploi rapporte à l'entreprise, il faut de la même manière que l'entreprise ait intérêt à partager son bénéfice avec les salariés.


Politique industrielle et commerciale européenne
L'Europe s'est beaucoup occupée de concurrence, sans doute avec raison, mais l'obsession de la concurrence va parfois trop loin. C'est notamment le cas pour la Poste, qui mérite d'être défendue en tant qu'une entreprise en charge d'un service public.

Je n'ai jamais trouvé génial que l'on remplace le 12, qui marchait, par une multitude de numéros dont je ne sais même pas à quoi ils correspondent, et vous non plus d'ailleurs. Ce que je sais, c'est que des centaines d'emplois sont partis à l'étranger.

Je pense nécessaire que l'Europe fasse son boulot de protection, défende le tissu des entreprises industrielles européennes. Car les usines c'est de l'exportation, et c'est de l'emploi. Il n'est pas imaginable que les Allemands soient en train de réussir un miracle économique et que les Français soient incapables d'envisager ce même miracle économique.
Il y a deux choses à faire.

La première est d'aborder la sous-évaluation de la monnaie chinoise, savamment entretenue. Évidemment si la France seule pose cette question, les Chinois vont nous dire que nos Airbus, nos voitures, on peut les garder ... Mais si nous tous, pays européens, premier marché de la planète, bientôt première monnaie de la planète, nous disons quelque chose, la musique changera.
La deuxième, c'est que l'Europe fasse respecter, par ses concurrents, les règles environnementales qu'elle impose à ses propres entreprises.

Cela ne s'appelle pas du protectionnisme au sens où l'on fermerait les frontières, cela s'appelle la loyauté des échanges. Si vous me choisissez comme président de la République, j'appellerai l'Europe à défendre ses industries et ses emplois, à imposer au moins la loyauté. "

 

 

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